Hier O ‘Bernard et sa rétine ont été mobilisés toute la journée pour les examens de la huitième semaine. Le planning est dense et commence dès 9 heures du matin.
C’est parti pour les prises de mesures de l’œil et de sa tension, les petits jets d’air qui vous taquinent le globe.Ensuite viennent le test de l’acuité visuelle et les différentes évaluations du champ visuel. Pour O’Bernard et moi ce sont les moments les plus stressants intérieurement car ils sont censés révéler les éventuels progrès … ou pas.
Comme nous avions commencé à le constater le mois dernier, je perçois quelques lumières au niveau du patch et parfois je réussis à les situer dans l’espace. C’est « beaucoup mieux » qu’avant la greffe où, si je percevais par hasard une lueur, j’étais incapable d’en indiquer la localisation La plupart du temps, ce sont bien des points lumineux que je vois plutôt que de vagues halos clairs. Ce n’est pas si mal !
Mais lorsque la vision est infime, les mesures pour l’évaluer sont très approximatives : les situations sont difficiles à reproduire. Si mon œil fatigue, si j’éprouve des difficultés à fixer mon regard, si ma rétine produit trop de phosphènes (lumières générées par la rétine sans relation avec l’éclairage ambiant … le fil ténu de mes perceptions est momentanément rompu et les mesures échouent.
Un peu frustrée par ces résultats aléatoires, je retrouve vers 13 heures mon frère dans la salle d’attente. Il attend le Docteur Bertin pour la visite de la troisième semaine après son opération. Tout va bien et il me raconte ses perceptions nouvelles : il commence à voir les faisceaux lumineux des lampadaires ou des phares de voitures au centre de son œil, là où il ne percevait plus rien. Ces bonnes nouvelles me remontent le moral et me font du bien. Je le sens très confiant et c’est très important pour la réussite du traitement. Nous aimons beaucoup partager nos nouvelles sensations et nous décrire les étapes de notre aventure commune.
Un plateau repas et quelques électrorétinogrammes plus tard, , le Docteur Bertin nous rejoint, l’orthoptiste et moi, pour la séance photos rétiniennes du jour Il présente O’Bernard à la jeune femme, qui ne le connaît pas encore, afin qu’elle puisse le cadrer tout à son avantage. Il constate, intrigué, que mon nystagmus de l’œil greffé – petits mouvements saccadés et involontaires de l’œil – a quasiment disparu. Il a remarqué le même phénomène chez mon frère. Il ne peut en tirer aucune conclusion, mais cette « stabilisation » de notre œil prouve qu’il se passe des choses intéressantes.
Pendant la consultation qui suit, j’annonce au Docteur Bertin que je vois distinctement la petite lampe qu’il utilise pour explorer ma rétine. Il m’en montre une autre, plus petite, que je perçois également. Il a visé précisément O’Bernard, mon patch cellulaire. Nous sommes contents et soulagés: O’Bernard fonctionne !
Le médecin m’explique encore une fois que le processus peut être long mais que les chercheurs comptent sur le réveil de cellules dormantes au fond de ma rétine. Je ne sais pas exactement de quoi il s’agit mais je compte sur le pouvoir de séduction de O’Bernard pour réveiller ces ‘cellules au bois dormant ».
En attendant, la loupiote du Docteur Bertin va me guider et m’aider à patienter dans les mois qui viennent.
